Quand une enseignante se suicide en pointant du doigt l’institution scolaire, le rectorat de Lille compte faire toute la lumière sur ce drame en jouant la carte de la transparence la plus totale, c’est-à-dire… en refusant catégoriquement toute Commission d’Enquête !

 

Pourquoi ce refus de transparence dans l’Education Nationale ?  Et pourquoi un tel silence, une telle opacité, une telle omerta autour des responsabilités de chacun dans ce décès aussi violent et aussi injuste ?

 

Qui peut le plus peut le moins… mais alors, les mêmes méthodes sont-elles de mise pour les tragédies, les situations atroces, les cas humainement inacceptables qui ne vont pas jusqu’à déboucher sur des suicides ? Ces méthodes d’obstruction sont-elles devenues la règle, le quotidien, l’habitude dans l’Education Nationale ?

 

Quel est le degré atteint par l’ampleur du déni chez le personnel de direction des collèges et des lycées ? Quel est le degré atteint par l’ampleur du déni dans l’administration des rectorats ? Quel est le degré atteint par l’ampleur du déni dans l’institution scolaire ?

 

Est-il vrai – comme l’affirme la représentante syndicale Sylvie VINCARD – que le proviseur Michel BOENS s’est adressé par courrier à la famille de la défunte « sans même un mot de compassion ni de condoléances » ?

 

Nous soulevons ici quelques jolis lièvres. Quels journalistes d’investigation bénéficieront d’assez d’indépendance et de professionnalisme pour se pencher demain sur ces questions ?

 

Jeanne, Marie et Philippe.

 

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Ci-dessous article de Denis THOMAS publié sur le site Agora Vox le 21 février 2013, repris sur le site du syndicat Action et Démocratie et sur de nombreux autres sites et blogs.

http://mobile.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-education-nationale-veut-131143

http://www.adnice.fr/spip.php?article270

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jeudi 21 février 2013 – par Denis Thomas

L’Education nationale veut étouffer sa suicidée de Béthune

 

Tous les moyens sont bons au rectorat de Lille pour faire oublier le suicide de Marielle Croquefer, professeure du Lycée André Malraux de Béthune.

Refus d’une commission d’enquête et de la qualification en accident de travail, interdiction pour les membres du CHSCT des personnels de l’Education nationale du Pas-de-Calais de se rendre dans l’établissement professionnel et suppression du poste de l’enseignante en catimini pour la rentrée 2013 ont été décrété par l’académie, pourtant « affectée » au moment du drame.

Jean-Jacques Pollet, le recteur de l’académie avait pourtant promis, en octobre dernier, une enquête sur les circonstances de la tragédie. Comme le disait Charles Pasqua, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

A l’académie de Lille, aucun commentaire n’est, encore et toujours, disponible sur ces informations recueillies par Agoravox.fr

REFUS CATEGORIQUE

« Après la réunion du CHSCT du 14 décembre qui a débouché sur un refus catégorique du DASEN (ndlr : Directeur de l’académie des services de l’éducation nationale, autrefois « inspecteur d’académie ») Guy Charlot de réunir une commission d’enquête bien qu’elle ait été demandée à l’unanimité des membres, une nouvelle réunion est prévue le vendredi 15 mars prochain », m’indique Sylvie Vinçard, secrétaire nationale du syndicat Action et Démocratie.

Par ailleurs, devant ce refus, les membres du Comité d’hygiène, sécurité et des conditions de travail ont demandé à se rendre au Lycée Malraux. « Cela leur a été refusé au prétexte qu’ils ne sont pas… formés », précise la syndicaliste.

« Le cas de Marielle avait été en dernière position des ordres du jour lors du dernier CHSCT et avait été traité en vitesse en fin de réunion », se souvient la responsable syndicale.

Elle révèle également que le poste de la professeure du Lycée professionnel, qui s’est donnée la mort en octobre dernier, a été supprimé pour la rentrée 2013. Dans des conditions peu habituelles.

Le conseil d’administration de l’établissement a été convoqué un samedi, ce qui est peu propice à la présence de tous ses membres. Outre le proviseur, Michel Boins, seuls 15 des 30 membres du conseil étaient présents. Résultats des courses : exit le poste de Marielle Croquefer à 9 voix contre 7 (dont 6 enseignants).

NI COMPASSION NI CONDOLEANCES

C’est précisément ce que craignait l’enseignante dans la liste de ses désespoirs. Elle déplorait particulièrement un manque de soutien de sa hiérarchie. Notons que le chef d’établissement après le décès « a réclamé à sa famille ses copies et dossiers dans un courrier sans même un mot de compassion ni de condoléances », rapporte Sylvie Vinçard.

Marielle a laissé derrière elle un mail prémonitoire dans lequel elle dit « je ne veux pas qu’on supprime mon poste (…) je ne veux pas redevenir TZR (Titulaire zone de remplacement) ».

L’enseignante de 48 ans, maman d’un garçon de 14 ans, conclut dans son mail : « Je vais très mal ». En grande souffrance comme 30% du million d’enseignants français, estime la responsable syndicale.

Contrairement aux chats, Marielle n’a pas eu plusieurs vies. Mais l’Education nationale, par son déni, est en train de lui offrir plusieurs morts.

 

7 Messages de forum

  • 21 février 2013 15:17, par Luc-Laurent Salvador

    Merci pour cette information, même si c’est un triste spectacle.
    Nous connaissions bien ce genre de tableau ici sur Agoravox du temps de Paul Villach.
    J’ai peur qu’il faille nous y habituer toujours plus.

  • 21 février 2013 15:33, par LE CHAT

    ça fait partie us et coutumes de l’éducation nationale , le principal du collège où bossait mon paternel lui avait fait un flan le jour où il a porté plainte alors qu’on lui avait crevé les 4 pneus ……

    • 22 février 2013 00:31, par Venceslas

      Faites confiance aux chef d’établissement pour évaluer les professeurs. S’ils peuvent les recruter personnellement, tout ira mieux (dixit Allègre, le copain de Sarkozy)…

    • 22 février 2013 12:18, par LE CHAT

      @demosthène

      c’est sûr , lire le Figaro et Minute en salle des profs grouillant de gauchos , il avait du cran !

  • 21 février 2013 18:02, par Razzara

    Triste et affligeant, certes, … mais c’est là la méthode habituelle en pareil cas ! Car ce que vous citez comme exemple dans votre article n’est malheureusement pas un cas isolé …

    J’ai moi même vécu le suicide d’un collègue il y a un peu plus d’une année de cela. Le rectorat, dans sa grande et constante préoccupation à ne point mettre ses personnels dans des situations invivables (sic), avait fait ce qu’il faut pour bien lui pourrir la vie en le mettant dans une position ingérable. Situation tellement négative qu’elle s’est terminé par un suicide … Un de plus.

    Mais, l’essentiel, le plus important, c’est de surtout tout faire pour qu’il soit clairement établi que ce suicide n’a aucun lien avec la situation professionnelle de ce Monsieur. Tel a été et demeure l’attitude du rectorat : ce Monsieur avait de sérieux problèmes personnels qui ne sauraient êtres imputés à l’exercice de sa mission au sein de l’éducation nationale. C’est beau, et tellement humain, n’est ce pas ? Sa malheureuse épouse, aucunement motivée en l’état à croiser le fer avec l’administration, n’a qu’à se démerder avec ses états d’âme et ses enfants !

    Razzara

  • 22 février 2013 08:49, par eric

    Il y a pourtant sans doute une solution. La privatisation. Ainsi, les suicides ont baisse à France Telecom par rapport à la Poste qui elle était restee publique. On entend peu parler de suicide chez les enseignants de l’école catho. alors qu’ils ont en tendance moins de droit et sont moins payés.
    Certes, nous sommes tous attaches a notre école publique, mais si la survie des enseignants est a ce prix, nous n’avons pas le droit d’hésiter.

  • 22 février 2013 10:57, par chmoll

    et dire que cette taule fait de l’instruction civique il parait

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Ci-dessus article de Denis THOMAS publié sur le site Agora Vox le 21 février 2013, repris sur le site du syndicat Action et Démocratie et sur de nombreux autres sites et blogs.

http://mobile.agoravox.fr/actualites/societe/article/l-education-nationale-veut-131143

http://www.adnice.fr/spip.php?article270

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commentaires
  1. Hubert Wczasy dit :

    C’est incroyable. Vous avez raison d’en parler. C’est trop grave pour être passé sous silence.

  2. Piecouche dit :

    Pour que les choses bougent il faut de la pression sociale. Il faut d’autres blogs et des actions choc. Que les victimes parlent, quitte à perdre leur emploi.

    Ce qui est choquant c’est le double jeu des syndicats. Que les syndicalistes honnêtes dénoncent les magouilles de leur bureau quand il y en a. Combien de déchargés du SNES ont fait mine d’aider plus d’un professeur et CPE harcelés et ils les ont trompés. Ils les ont baladés et gazés, pour mieux les livrer en pâture au rectorat Alors que leur devoir était de les défendre bec et ongles. Ce double jeu c’est un véritable scandale. Quel intérêt ils ont eu ? On a encore « fluidifié les relations sociales » ? Il faut rappeler les millions de l’UIMM versés sous la table aux syndicats ? Ils croient vraiment que les dossiers ne vont pas ressortir ? Que ça ne finira pas par se savoir qu’ils sont de mèche avec l’administration pour couvrir les harceleurs ? Ces gens sont du sang sur les mains : le sang de ceux qui se suicident à cause des harceleurs qu’ils protègent. Et quel cinéma que leurs éditoriaux hypocrites et leurs messages de condoléance après les suicides. Il y a au SNES des syndicalistes que ça révulse, alors qu’ils parlent. Qu’ils se bougent en interne. Quand le rectorat rétablira l’esclavagisme, le SNES négociera la taille des chaines

    C Piecouche

  3. Laurent dit :

    C’est quand même incroyable qu’après un suicide dans ces circonstances, aucune commission d’enquête sérieuse ne soit mise en place. L’administration d’un lycée est au-dessus des lois ?
    Et on se demande que font les syndicalistes ? Ils profitent de leurs décharges horaires et ensuite ? Au lieu de réclamer du budget et des moyens ils feraient mieux de faire leur travail. Ils appellent à la grève dès que leur machine à café est en panne mais quand il y a des morts ils filent tout doux.

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