Grosse communication aujourd’hui du Ministère de l’Education Nationale autour de la lutte contre le harcèlement à l’école. Grosse communication, oui, mais très peu d’actions…

Grosse communication, oui, mais le seul  harcèlement reconnu par le Ministère et mis en avant dans les médias est  celui subi par… les enfants et les ados !

Le Harcèlement Moral Hiérarchique, lui, n’est toujours pas reconnu. Officiellement, il n’existe pas. Et tant pis s’il existe, tant pis si la réalité des enquêtes, des études et des faits prouvent le contraire. Le Ministère escamote les chiffres, avec la complicité active de certains syndicats, et le tour est joué. Voir ici notre précédent billet sur ce thème : https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/03/18/quand-un-harceelement-en-cache-un-autre/

Le harcèlement vécu par les élèves permet de cacher celui vécu par les adultes.

Excellent écran de fumée !

On comprend mieux pourquoi le Ministère de l’Education Nationale

tient tant à communiquer là-dessus.

* * *

Nous approuvons et soutenons pleinement le principe de mettre en oeuvre des initiatives constructives pour réfléchir à la question du harcèlement scolaire, et pour lutter réellement et efficacement contre ce fléau.

Mais la vie d’une enseignante qui se suicide vaut-elle moins que celle d’une élève ?

Où sont les plans de lutte contre le Harcèlement Moral Hiérarchique qui  pousse au suicide des dizaines d’enseignants ?

Qui proteste contre ce harcèlement institutionalisé qui détruit chaque année la vie de milliers d’enseignants compétents et engagés dans leur métier ? Les gros syndicats SNES-UNSA-SGEN se taisent… Les pseudo-syndicalistes sont parfois des complices actifs du H.M.H…. Les médiateurs de l’Education Nationale cultivent le déni… Les journalistes façon Mara GOYET assurent que tout va bien… Les médias ne se font pas l’écho du fléau… Le Ministère verrouille sa communication. C’est l’Omerta qui tue discrètement.

* * *

Nous l’écrivions il y a six mois, et en six mois, rien n’a changé :

« Au-delà de l’émotion légitime suscitée par le suicide d’une adolescente harcelée par des élèves, une réflexion saine a été engagée par diverses parties prenantes. C’est ainsi qu’est née l’association Marion Fraisse La Main Tendue. Jamais nous n’opposerons une injustice à une autre, une souffrance à une autre, un combat à un autre. Oui, le combat mené par Nora FRAISSE pour l’association Marion Fraisse La Main Tendue est un combat légitime, et qui mérite d’être amplement relayé, et soutenuMais ce combat ne doit pas en masquer un autre. Ce combat ne doit pas être utilisé par le Ministère de l’Education Nationale pour masquer ses responsabilités directes dans la protection apportée aux chefs d’établissements commettant sciemment des délits et engendrant régulièrement des décès. Ces fonctionnaires harceleurs sont protégés par l’institution scolaire, depuis la base jusqu’au sommet de la pyramide des responsabilités hiérarchiques. A quand des relais médiatiques pour en parler un peu ? »

* * *

Dans son billet de ce jour, Paul DEVIN, Inspecteur de l’Education Nationale, résume la situation mieux que nous pourrions le faire (voir ci-dessous).

Et il conclut son article par un Post Scriptum demandant ni plus ni moins… le retrait de la vidéo bisounours payée à grand frais par le Ministère, puisque cette vidéo sous entend – mais nous en avons l’habitude ! – que le harcèlement s’inscrit avant tout dans l’incompétence des professeurs !

Un enfant harcelé ne l’est pas en dehors de la classe ni en dehors de son établissement,

c’est bien connu !

Un enfant harcelé ne l’est pas sur les réseaux sociaux.

Un enfant harcelé ne l’est pas dans son quartier.

S’il est harcelé, c’est à cause de ces salopiauds d’enseignants

qui ne pensent qu’à faire grève

et à préparer leurs vacances mensuelles à Acapulco.

 
 

Marie, Jeanne, et Philippe.

 
 
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Ci-dessous, article de Paul DEVIN, 29 octobre 2015 :

http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-devin/291015/lutte-contre-le-harcelement-quand-la-com-tente-de-masquer-l-insuffisance-de-l-action

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Lutte contre le harcèlement : quand la « com » tente de masquer l’insuffisance de l’action….

Quatre ans après les « Assises nationales sur le harcèlement à l’école » voulues par Luc Chatel, Najat Vallaud-Belkacem instaure une journée de lutte contre le harcèlement. Si l’on en croit les chiffres annoncés d’un élève victime sur dix, la situation n’a guère évolué depuis 2011. La ministre affirme cependant, lors de sa conférence de presse du 29 octobre, que des solutions existent. Malheureusement, à nouveau, l’agitation médiatique d’un jour sur la question sera loin d’avoir une incidence suffisante sur un problème dont il a pourtant été maintes fois montré qu’il peut avoir des conséquences graves tant sur la réussite scolaire que sur la santé mentale.
En finir avec les effets d’annonce
La primauté de la communication médiatique est désormais une réalité incontournable des politiques éducatives. Pourtant, rien de nouveau dans les annonces faites par la ministre, lors de la conférence de presse du 29 octobre : le numéro vert à destination des familles existe depuis bientôt deux ans, il a juste été relooké en numéro à 4 chiffres ; la mise en place d’un plan de lutte contre le harcèlement au sein de chaque établissement ou école est une obligation inscrite dans le code de l’Éducation depuis la loi de refondation en juillet 2013 ; la campagne « Agir contre le harcèlement à l’école » a déjà connu deux années scolaires… La communication est cependant suffisamment habile pour que certains journalistes évoquent un nouveau plan.
Mettre en œuvre les moyens nécessaires à une lutte efficace contre le harcèlement
Le rapport réalisé en 2011 par Éric Debarbieux considérait la formation comme une préconisation essentielle : « former les professionnels est sans doute la toute première des préventions et une condition nécessaire à son succès. ». Or les plans successifs depuis 2011 n’ont jamais réellement consacré les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’une formation à la hauteur des enjeux.
Le plan proposé actuellement repose sur une architecture déjà mise en œuvre dans le cadre de la mobilisation pour les valeurs de la République : former un nombre réduit des formateurs relais qui agiront en suite dans les académies et départements. Le problème reste le même : ces formateurs-relais ne disposent pas des moyens nécessaires pour mettre en œuvre les actions de formation nécessaires pour concerner l’ensemble des enseignants. Il ne s’agit pas de considérer que rien ne s’est fait depuis 2011 : des initiatives à l’échelle des académies, des départements, des circonscriptions ou des établissements ont lieu. Des documents-ressources ont été édités, des films réalisés pour aider les enseignants. Mais les moyens restent suffisants pour développer un accompagnement avec l’envergure nécessaire.
Quant à la formation initiale en ESPE, le bilan ministériel des actions de formation n’y fait même pas allusion !
Il en est de même avec les personnels très directement concernés par les situations de harcèlement : psychologues scolaires, médecins scolaires, infirmiers et infirmières qui faute d’un nombre suffisant de postes ont des périmètres d’intervention tellement vastes que l’efficacité de leur action s’en trouve largement réduite.
En finir avec la simplification des phénomènes complexes
Un dernier point mérite l’attention. Le harcèlement est un phénomène complexe pour des raisons diverses. Parfois insuffisamment considéré par les enseignants, parfois démesurément investi par des parents qui l’instrumentalisent dans une situation de conflit avec l’école, parfois masquant une problématique de violence externe à l’école, parfois laissant apparaitre comme harceleur celui qui est victime… Le rapport Debarbieux de 2011 avait eu la vertu de mesurer l’importance du problème. Mais bien des enseignants qui ont pris conscience de cette réalité savent que la résolution des problèmes est complexe et qu’elle ne s’inscrit pas dans une seule volonté d’attention. C’est pourquoi, il ne peut être suffisant de proposer des vidéos ou des modules M@gistère.

Reconnaissons que la prise de conscience est récente et que le temps est sans doute nécessaire… mais nous sommes à nouveau confrontés à une situation où, face à une demande sociale légitime parce qu’inscrite dans les valeurs fondamentales de respect des personnes, l’école doit se contenter de moyens largement insuffisants pour parvenir à répondre à la demande qui lui est faite. Là encore, la responsabilité politique est entière puisque comme le dit si justement la ministre de l’Éducation nationale : il s’agit du respect de chacun, de l’acceptation des différences, de l’apprentissage de la citoyenneté et que la loi du plus fort ne peut pas régir les rapports entre élèves.

Post-scriptum :

J’ai écrit ce billet avant de prendre connaissance de la vidéo diffusée par le ministère et réalisée par Disney qui sous-entend ignominieusement que le harcèlement s’inscrit dans l’incompétence de l’enseignant !

Injuste et scandaleux, le ministère doit retirer cette vidéo.

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Ci-dessus, article de Paul DEVIN, 29 octobre 2015 :

http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-devin/291015/lutte-contre-le-harcelement-quand-la-com-tente-de-masquer-l-insuffisance-de-l-action

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commentaires
  1. Mme B. (anonymé par M., J., et P.) dit :

    Bonjour, j’ai un exemple flagrant concernant un courrier relatif à la plainte d’une parente dont l’enfant était très malmené dans une école élémentaire. Je peux vous assurer que son cas n’avait pas été pris au sérieux et pour l’avoir dénoncé, je n’ai plus de travail. Je ne souhaite pas que mon nom de famille soit publié, merci, bien à vous.

  2. […] Quand un harcèlement en cache un autre… (2) Une vidéo qui fait polémique ! […]

  3. […] Quand un harcèlement en cache un autre… (2) Une vidéo qui fait polémique ! […]

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