Quand un harcèlement en cache un autre… (14) Le clip qu’on n’aurait jamais dû voir ! Résumé en 10 points.

Publié: 05/11/2015 dans B 1 Harcèlement Moral Hiérarchique ou douce bienveillance ?, B 2 La communication du Ministère de l'Education Nationale, entre déni et Omerta !, B 3 La lutte contre le harcèlement entre élèves : un écran de fumée ?

 

Résumons-nous.

1 Un clip inepte, crétin, bisounours, guimauvard, caricatural, mal ficelé, improvisé, totalement inefficace, et pire : contre-productif.

2 Clip d’autant plus inutile qu’il en existe déjà d’excellents, qui ne coûtent pas un rond à être téléchargés, et que les membres de la communauté éducatives exploitent déjà. Celui dans lequel s’est impliqué Patrick BRUEL, Maux d’Enfants : https://www.youtube.com/watch?v=YBubRfFUsNA Ou celui-ci, Les Injures : https://www.youtube.com/watch?v=kTJoyhprYWc Ou encore celui-là, Les Claques : https://www.youtube.com/watch?v=wvnotcnHiMo Et encore beaucoup d’autres, réalisés par des collégiens, des lycéens et des professeurs : http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressources/outils  http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ressources/outils/page/2/

3 Clip d’autant plus néfaste et toxique qu’il véhicule une image désastreuse de la profession. Une prof aux yeux exorbités, au phrasé déjanté, qui écrit de façon illisible au tableau, qui tient un discours sans intérêt et inadapté à la tranche d’âge concernée, qui tourne le dos constamment aux remous de sa classe, qui est assez débile pour ne pas voir une règle et une énorme boule de papier collés sur la tête d’un gosse. Qui est assez conne pour ne pas saisir d’un coup d’oeil son mal-être, ni le petit jeu de ses camarades (qu’elle change de métier de suite !). Et qui aggrave la situation en stigmatisant encore plus la victime. Et sur laquelle on ne peut pas compter : la solution viendra non pas du monde adulte, mais d’une autre élève (dont on se demande bien comment, à elle seule, elle résoudra l’affaire…) Et quid du harcèlement sur les réseaux sociaux, et dans les rues, et de celui qui se déroule loin des classes, le soir et le week-end ? Bref, une prof incompétente et nocive, haïssable, et qu’on rend totalement responsable et coupable du harcèlement.

4 Clip réalisé et produit en partenariat commercial avec la firme Disney.

5 Clip du à l’immeeeeeennnnnnse talent de la grande cinéaste Melissa THEURIAU dont la prestation sur le plateau du Grand Journal de Canal +, en date du 4 novembre, a montré toute l’étendue de la  profondeur de vue et de la qualité d’expression. Médemoiselle THEURIAU a tout ce qu’il faut où il faut pour tourner des clips de charme façon 36 15  Melissa (c’est Marie et Jeanne qui l’affirment 😉 ), mais manifestement, pour ce qui est de faire preuve d’auto-critique, de prendre un peu de recul, de produire une réflexion voire une pensée, elle n’est pas vraiment équipée pour. https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/11/04/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-11-pour-melissa-theuriau-les-profs-qui-critiquent-sont-frustres-et-toute-critique-contre-son-clip-est-indecente/

6 Clip dont l’absence de pertinence, d’efficacité et de légitimité est dénoncée de tous côtés aussi bien à gauche, au centre, qu’à droite, au milieu, au-dessus ou en dessous. A tel point que même le SGEN-CFDT, syndicat pourtant pro-gouvernemental, et qui se décridibilise régulièrement par ses prises de position clientélistes, en a demandé via un communiqué officiel, le retrait. https://sgen.cfdt.fr/portail/sgen/au-jour-le-jour/communiques-de-presse/derapage-de-la-communication-ministerielle-un-objectif-manque-et-des-personnels-bafoues-srv1_320325 https://www.snalc.fr/national/article/1815/ https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/10/29/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-2-une-video-qui-fait-polemique/ http://blogs.mediapart.fr/blog/paul-devin/291015/lutte-contre-le-harcelement-quand-la-com-tente-de-masquer-l-insuffisance-de-l-action Et à tel point que des excuses sont demandées par de nombreux enseignants, en sus du retrait immédiat de la diffusion de la daube en question. Sans parler des réactions contre la firme Disney, qui, sans aller jusqu’au boycott, risquent bien d’écorner l’image de la marque chez les professionnels de l’éducation. http://www.neoprofs.org/t96335-video-honteuse-sur-le-harcelement-par-disney-le-men-joindre-le-service-client-disney-boycott

7  Clip qui passe sous silence le témoignage de dizaines de milliers d’enseignants. Ils ont détecté une situation de harcèlement entre élèves. Ils ont repéré et identifié le harceleur. Ils l’ont signalé à leur hiérarchie. Et cette hiérarchie, pour ne pas faire de vagues, a étouffé les choses et refusé de sanctionner les harceleurs. Monsieur le Principal et madame la Proviseure préfèrent toucher leur belle prime de jolis z’€uros qui récompense exclusivement les établissements sans histoires, plutôt que de la louper en faisant des vagues... Le harceleur n’est jamais déplacé ni inquiété. C’est toujours la victime qui trinque. Et la hiérarchie locale donne tort aux enseignants qui signalent les faits de harcèlement.  http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-contre-le-harcelement-a-l-ecole-il-ne-suffit-pas-de-parler-27-03-2015-1916382_1886.php

8 Clip qui  à lui seul résume le profond mépris dans lequel le Ministère de l’Education Nationale tient ses agents. Imagine-t-on un seul instant le Ministère de la Justice promouvoir un clip mettant en scène les fautes professionnelles – pourtant bien réelles, celles-là – du juge Fabrice BURGAUD, sans montrer une autre image de la Justice ? Le Ministère de l’Intérieur a-t’il jamais produit une vidéo dans laquelle des flics ripoux tabasseraient des jeunes de banlieue qui avaient pour seul tort de passer par là ? Le Ministère de la Santé diffuse-t’il des clips dans lesquels les personnels soignants confondent les médicaments, font preuve de négligence et aggravent les souffrances des patients ? Au sein-même de l’institution scolaire, dans les bureaux des Inspections Académiques, des Rectorats et du Ministère de l’Education Nationale, le mépris envers les profs est tellement ancré et naturel que tout cela passe comme une lettre à la poste auprès de beaucoup.

9 Clip qui utilise une cause juste, légitime, consensuelle, et qui au final est inefficace auprès des gamins, mais qui renforce la défiance des familles envers une profession constamment malmenée et décriée : toujours en grève, en vacances, ne fichant rien et arc-boutée sur on ne sait quels privilèges. https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/11/01/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-4-la-video-du-ministere-qui-fait-passer-les-profs-pour-des-incapables/ http://princesse.soso.free.fr/?p=519

10 Clip défendu par les chiens de garde, qui font mine de ne pas saisir le bien-fondé des 9 arguments pointés ci-dessus. https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/11/04/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-12-largument-cretin-de-raphael-enthoven/

* * * * *

Bref, trop, c’est trop. Profitons-en pour enfoncer le clou. Et créer et développer sur notre site une rubrique dédiée à l’hypocrisie consistant à exploiter la souffrance – réelle ! – des parents d’enfants harcelés pour dézinguer une profession dont trop de membres sont harcelés par leur hiérarchie avec l’aval de leur Ministère. Dans la rubrique BBB consacrée aux thèmes généraux, Les grands thèmes, il y aura désormais une section intitulée La lutte contre le harcèlement entre élèves : un écran de fumée ?

 

Marie, Jeanne, et Philippe.

P.S. : n’hésitez pas à appeler le 30 20 (numéro vert, donc gratuit) pour faire remonter l’une ou l’autre de ces questions. 😉

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commentaires
  1. Mme D. (anonymé par M., J., et P.) dit :

    bonjour mesdames, messieurs, vous ne devez pas avoir le temps de répondre, pourtant j’avais bien des choses à vous transmettre, donc je ne comprends pas, merci. bien à vous

  2. Jean-Charles dit :

    Merci pour ce résumé très clair. Ce clip est une insulte à tout le personnel éducatif. Ce sont les chefs d’établissement qui bloquent dans 98 % des cas les signalements et qui refusent toute sanction contre les harceleurs. C’est donc eux qu’il faut pointer du doigt, pas les professeurs (qui sont de parfaits bouc-émissaires de notre société moderne.)
    Continuez votre blog !
    Jean-Charles

  3. […] Quand un harcèlement en cache un autre… (14) Le clip qu’on n’aurait jamais dû vo… […]

  4. Anti bisounours dit :

    VIDÉO. Prof, j’ai regardé le clip anti-harcèlement de Mélissa Theuriau : peut mieux faire

    Publié le 05-11-2015 à 08h27 – Modifié à 14h09

    Temps de lecture : 5 minutes

    Avatar de Thomas Lejuge
    Par Thomas Lejuge
    Prof. de lettres

    LE PLUS. Mélissa Theuriau s’attaque au harcèlement scolaire. La journaliste a co-produit un petit film sur le sujet qui a été mis en ligne par l’Éducation nationale. Mais la vidéo a aussitôt suscité l’exaspération de certains enseignants, qui déplorent l’image caricaturale qui est donnée d’eux. Thomas Lejuge, professeur de lettres à Niort, a regardé ce clip avec ses élèves. Réactions.

    Édité par Sébastien Billard Auteur parrainé par Fatima Aït Bounoua

    « Bonjour à tous ! Installez-vous, mais ne sortez pas vos affaires : je vais vous présenter un petit film sur le harcèlement scolaire, nous échangerons ensuite nos impressions. Vous êtes prêts ? »

    Murmures de satisfaction dans ma classe de 4e : la correction des exercices sur les accords du participe passé s’éloigne un peu, au grand soulagement de Jérémie, au fond, qui confie un peu trop fort à son voisin qu’il « n’a pas eu le temps de faire les exos ! »

    Allumage du vidéoprojecteur, extinction des lumières, silence relatif. Moteur.

    Une enseignante fidèle aux clichés habituels

    Le clip du ministère de l’Éducation nationale présente un enfant, nommé Baptiste, dans une classe et qui, dès que son enseignante a le dos tourné, subit les moqueries et les agressions de ses camarades.

    L’enseignante, fidèle aux clichés habituels, n’entend pas, ne voit rien, ne s’occupe pas du tout de la tenue de sa classe, absorbée qu’elle est par le savant calcul qu’elle propose à ses chérubins (« Sylvain a 35 livres, Léa en a 40… »).

    – Eh M’sieur, ça a été tourné à votre époque, ça, non ? C’était votre instit ?

    Rire général, sauf Jérémie qui profite de l’obscurité pour copier ses exercices sur le voisin. En effet, la question peut se poser : jupe plissée, tableau à craie, ton cassant, cours magistral, il ne manque plus que le noir et blanc mais on ne peut pas tout avoir.

    Campagne Non Au Harcèlement – Le harcèlement… par EducationFrance

    Pour qu’on comprenne bien que la maîtresse fait partie des méchants (parce que Mélissa Theuriau a dit vouloir s’adresser à des enfants, et manifestement selon elle, les enfants ne savent pas réfléchir), on grossit un peu le trait : « Baptiste, t’es avec nous ? » lance-t-elle à la victime d’une voix pleine de morgue et de mépris.

    On serait Baptiste, on aurait bien envie d’être ailleurs, en effet. Heureusement, une camarade se penche sur sa détresse : « Baptiste, il faut qu’on en parle ! Je peux t’aider ! »

    Fin du film. Petit soupir de déception ; il ne fait qu’une minute, la correction des exercices se rapproche dangereusement.

    Pourquoi pousser l’enfant à se défier de l’autorité de l’adulte ?

    Viennent les échanges. On plaint le pauvre Baptiste, on félicite la camarade, on clame haut et fort qu’à sa place, on ne se laisserait pas faire ! On s’explique pourquoi les projectiles restent comme collés sur l’enfant :

    – C’est pour montrer que dans sa tête, les attaques restent très vives dans sa mémoire !

    Oui, bien joué, Nina ! Mais très vite, la discussion se focalise sur la question posée par Jérémie qui, au fond de la classe, a déjà refermé son cahier (il écrit vite, le bougre !)

    – Sérieux ! C’est quoi, cette prof ?

    Tempête dans la classe. Les critiques fusent, les reproches s’entrechoquent, quelques noms d’oiseaux jaillissent.

    – Eh, on dit pas ça pour vous, M’sieur !

    Merci, vous êtes bien aimables.

    Que l’enseignante ne réalise pas tout ce qui se passe dans son dos, n’importe quelle heure de cours dans n’importe quelle classe prouvera facilement combien c’est vrai : gomme volante, petits mots pliés, sarbacane en tube de stylo et compas-élastique comme lance-boulettes, c’est le lot quotidien d’une salle de classe – on ne parle pas assez du harcèlement des femmes de ménage.

    Mais quelle nécessité de présenter la professeure ainsi, en harpie aveugle prête à fondre sur les plus faibles ? Pourquoi pousser l’enfant – qui ne sait pas réfléchir, donc – à se défier de l’autorité de l’adulte ?

    N’en déplaise à Mélissa Theuriau, les élèves savent réfléchir

    C’est Kenza qui rappelle à tous une histoire de l’an passé : un élève, exaspéré par les humiliations répétées que subissait un camarade de classe, en avait parlé à son professeur principal dans notre collège. Mobilisation générale : l’équipe pédagogique, le chef d’établissement, la CPE, les assedus, les parents… La situation avait été désamorcée en quelques jours, dès lors que le problème avait été connu.

    Car n’en déplaise à Mélissa Theuriau, les élèves savent réfléchir. Les harceleurs aussi. La plupart des situations naissent en dehors de la classe, à l’abri de toute forme d’autorité, en l’absence des adultes. Les vestiaires du gymnase, le chemin de la maison, les réseaux sociaux…

    Ajoutons à cela une certaine loi du silence (parce qu’on n’est pas des « balances », parce qu’on est bien content de ne pas être la victime, parce que ce n’est pas si grave, parce qu’après tout, on n’est pas concerné, etc.) et tous les facteurs sont réunis pour la souffrance silencieuse et le décrochage scolaire.

    Confronté à sa douleur, on ne voit pas bien pourquoi Baptiste se préoccuperait des perspectives littéraires de Léa et Sylvain… En cela, le slogan est parfaitement recevable : le harcèlement, si on n’en parle pas, ça ne s’arrête pas.

    En parler, quelle bonne idée ! Mais à qui ? Sûrement pas au professeur, cette créature diabolique qui n’est pas là pour aider les élèves à s’épanouir mais pour savoir combien Léa a de livres de plus que Sylvain (« Cinq ! C’est bien ! »).

    Voilà le tableau terrifiant que nous brosse ce film « pour les enfants » écrit par des adultes : un dialogue nécessaire, mais une totale absence d’interlocuteur.

    Viens m’en parler, on va arranger ça

    Il ne s’agit pas de basculer dans l’extrême inverse, de nier l’isolement des victimes, et la relative indifférence des enfants et des adultes qui permet trop souvent à ce genre de situations de prendre des proportions terrifiantes.

    Mais quel intérêt, dans un court-métrage qui prétend justement pousser les élèves à prendre la parole, de présenter un adulte (et à travers lui, tous les autres) comme la marâtre acariâtre des contes de fées ?

    Il y a deux ans, le ministère avait pris une belle initiative : organiser un concours de films et d’affiches pour lutter contre le harcèlement scolaire. Mes élèves avaient présenté un court-métrage et, malgré des défauts évidents, ils n’en étaient pas peu fiers.

    Nous avons perdu, sans amertume : d’autres établissements avaient présenté de vraies petites pépites. Les élèves s’inscrivaient alors dans un processus créatif, une démarche de réflexion qui les poussait à formuler le problème, à en comprendre les rouages, à proposer des solutions.

    De spectateurs, ils devenaient acteurs d’un projet pour lequel professeurs et élèves travaillaient de concert, avec les moyens du bord ; le montage était certes plus chaotique, les acteurs moins bien dirigés, le résultat final souvent un peu bancal. Mais c’était le message d’enfants adressé à d’autres enfants, avec leurs codes, leurs vécus, leur naïveté parfois. Un tour sur Youtube vous démontrera facilement l’efficacité de ces projets.

    Le tournage a été une magnifique expérience, et leur film, présenté aux autres élèves de l’établissement, a été étonnamment bien reçu. Mais ne soyons pas naïfs, le problème existe toujours. Le harcèlement reviendra. Peut-être est-il déjà dans nos murs, peut-être certains enfants viennent-ils en classe avec la peur au ventre et la bouche fermée sur leurs angoisses…

    Je suis enseignant et je te le dis à toi, l’élève qui subit ou qui constate : viens m’en parler. On va arranger ça.

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