Archives de la catégorie ‘B 8 Sourire.’

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Pour celles et ceux qui auraient loupé quelques épisodes, un résumé en dix points de la vidéo-toute-pourrie due aux talents de la cinéaste et spécialiste des questions d’éducation, Mélissa THEURIAU : https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/11/05/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-13-resume-detape-en-10-points/

Pour parler de cette vidéo idiote et contre-productive, on a donné la parole, sur les plateaux de télé, et dans les studios de radio, à toutes sortes de gens. Mais pas aux professeurs.

Découvrons ce qu’en dit l’instituteur Lucien MARBOEUF sur son excellent blog, L’instit’Humeurs, dans son billet du 7 novembre.

La première partie de ce billet ne manque pas d’humour. Nous vous la livrons telle quelle. Suite dans nos prochains articles…

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Lucien MARBOEUF, c’est à vous…

«  Je sais que beaucoup de collègues ont hurlé en voyant les images, moi, j’ai bien rigolé ! Pour tout dire, j’ai une théorie : ceci n’est pas une enseignante. En tout cas, pas une instit. Voici quelques arguments, et autant d’hypothèses sur la véritable profession de la dame.

– son ton, sec, détaché, quasiment administratif : on ne parle pas comme ça à des enfants de 8-9 ans => elle était guichetière à Pôle Emploi il y a peu ;

– son écriture, presque illisible pour un enfant : aucun instit parmi les dizaines que j’ai rencontrés n’écrit de manière aussi dégueulasse (pas même moi, qui ai une sale écriture) => elle est médecin généraliste ;

– son problème de maths, incompréhensible : « Sylvain a acheté 35 livres dans sa bibliothèque », désolé, moi pas comprendre => elle est statisticienne au ministère des finances ;

– elle dit « sortez vos cahiers » et les gamins sortent tous leurs cahiers dans la seconde => elle est magicienne ou pratique l’hypnose (d’ailleurs, des élèves qui obéissent au quart de tour comme ça, je peux vous dire qu’ils sont parfaitement bien tenus par leur enseignante, ce qui ne cadre pas du tout avec ce qu’on voit) ; à bien y réfléchir, elle est peut-être même sorcière : alors qu’elle n’a pas indiqué la couleur du cahier, tous sortent le bleu. Chapeau (pointu) bas ;

– tous ses élèves sont supers beaux : une telle concentration de beauté dans une classe, c’est du jamais-vu, même mes élèves, qui sont très beaux (ce sont mes élèves, je les adore) ne leur arrivent pas à la cheville => elle est bookeuse pour Zara kids ;

– elle a 18 élèves => ça y est, j’ai compris, la scène ne se déroule pas en France.  »

😉

Marie, Jeanne, et Philippe.

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Ci-dessous, lien vers le billet Harcèlement : J’ai testé la vidéo polémique, blog Instit’humeurs, Lucien MARBOEUF, 7 novembre 2015 :

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/11/07/harcelement-jai-teste-la-video-polemique.html

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Je sais que beaucoup de collègues ont hurlé en voyant les images, moi, j’ai bien rigolé ! Pour tout dire, j’ai une théorie : ceci n’est pas une enseignante. En tout cas, pas une instit. Voici quelques arguments, et autant d’hypothèses sur la véritable profession de la dame.

– son ton, sec, détaché, quasiment administratif : on ne parle pas comme ça à des enfants de 8-9 ans => elle était guichetière à Pôle Emploi il y a peu ;

– son écriture, presque illisible pour un enfant : aucun instit parmi les dizaines que j’ai rencontrés n’écrit de manière aussi dégueulasse (pas même moi, qui ai une sale écriture) => elle est médecin généraliste ;

– son problème de maths, incompréhensible : « Sylvain a acheté 35 livres dans sa bibliothèque », désolé, moi pas comprendre => elle est statisticienne au ministère des finances ;

– elle dit « sortez vos cahiers » et les gamins sortent tous leurs cahiers dans la seconde => elle est magicienne ou pratique l’hypnose (d’ailleurs, des élèves qui obéissent au quart de tour comme ça, je peux vous dire qu’ils sont parfaitement bien tenus par leur enseignante, ce qui ne cadre pas du tout avec ce qu’on voit) ; à bien y réfléchir, elle est peut-être même sorcière : alors qu’elle n’a pas indiqué la couleur du cahier, tous sortent le bleu. Chapeau (pointu) bas ;

– tous ses élèves sont supers beaux : une telle concentration de beauté dans une classe, c’est du jamais-vu, même mes élèves, qui sont très beaux (ce sont mes élèves, je les adore) ne leur arrivent pas à la cheville => elle est bookeuse pour Zara kids ;

– elle a 18 élèves => ça y est, j’ai compris, la scène ne se déroule pas en France.

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Qui es-tu, pour mettre en doute ma bienveillance ?

La réalisatrice de cette vidéo n’est autre que Mélissa Theuriau, elle a répété que le clip ne pointait pas les enseignants du doigt et qu’ « autant de mauvaise foi de leur part était risible ». Mais il suffisait de l’écouter parler un peu plus pour que le masque tombe.

« Je montre une institutrice qui a le dos tourné comme tous les professeurs et les instituteurs qui font un cours à des enfants et qui ne voit pas dans son dos une situation d’isolement, une petite situation qui est en train de s’installer et qui arrive tous les jours dans toutes les salles de classe de ce pays et des autres pays. Si tous les instituteurs étaient alertes et réactifs à cette problématique de l’isolement, on n’aurait pas besoin de former, de détecter le harcèlement, on n’aurait pas 700.000 enfants par an en souffrance. On n’aurait pas non plus des situations de drames et de suicide qui peuvent arriver aussi parce qu’on n’arrive pas à parler aux adultes de cette solitude et de ce sentiment d’injustice« .

Dire qu’une telle situation arrive tous les jours dans toutes les classes de ce pays confirme la vision totalisante et binaire de Theuriau et montre sa méconnaissance de la réalité de l’école. Ce qu’elle dit est faux, prétentieux et malhonnête intellectuellement, mais bon, passe encore. En revanche, dire que si les instituteurs étaient alertes et réactifs à cette problématique, on n’aurait pas des situations de drame et de suicide, quasiment les accuser d’être responsables de la souffrance de 700.000 enfants, c’est tout simplement inacceptable.

Je n’ai pas été choqué par le clip, mais ces propos m’ont révolté. Qui es-tu, Mélissa Theuriau, pour mettre en doute ma bienveillance, mon attention portée au quotidien à mes élèves ?

Es-tu là, le matin, quand j’accueille chacun de mes élèves d’un sourire, à l’entrée de ma classe, histoire de lui dire personnellement qu’il est le bienvenu, un regard particulier pour chacun d’eux, afin de percevoir les contours de son humeur ?

Es-tu là quand j’observe mes élèves au quotidien, dans la classe, dans les escaliers, dans la cour, dans chacune de leurs activités ?

Es-tu là quand je note ce qui me semble une légère tristesse chez l’un, une absence chez l’autre, une petite agitation, depuis quelques jours, chez celui-là ?

Es-tu là quand je m’inquiète de cette petite larme, au sortir de la récré, quand je prends l’enfant à part et que je l’entoure de mon bras en lui demandant si tout va bien et en ouvrant un espace de parole ?

Es-tu là quand nous abordons les problèmes de la vie de la classe tous ensemble, quand nous réglons les soucis et les histoires entre élèves ?

Es-tu là durant toutes ces heures, chaque semaine, à sonder les mouvements intimes de ces petites âmes qui me sont confiées, avec en tête non seulement les symptômes de harcèlement, mais aussi de maltraitance familiale, de mal-être persistant ou même simplement de déprime passagère ?

Non, tu n’es pas là, mais cela ne t’empêche pas de me juger. Eh bien réjouis-toi, car malgré toute mon attention, malgré toute ma bienveillance et tout le soin porté à mes élèves, il m’est arrivé de ne pas voir une situation de harcèlement.

Le harcèlement à bas bruit

Il y a quelques années, une petite de ma classe se faisait embêter par deux gamines dans la cour de récré. Mon élève était une petite fille timide, je n’avais pas franchement vu de changement dans son comportement, dans son attitude globalement assez atone. C’est sa mère qui est venue me voir, sa fille lui avait parlé, il y avait déjà eu une affaire l’année précédente avec les fillettes en question et voilà qu’elles tentaient de recommencer. Je me suis chargé de parler aux deux pestouilles, dans des termes qui manifestement porté, car cela a cessé du jour au lendemain et ne s’est jamais reproduit.

D’abord, j’ai culpabilisé de ne pas avoir vu, de ne pas avoir deviné. Puis j’ai raisonné : tout se passait dans la cour, dans de petits recoins, souvent dans les toilettes, toujours hors de portée des adultes, et jamais de manière ostentatoire. Pas de coup, pas de brutalité, « juste » des mots, blessants, terriblement humiliants, perdus dans le volume sonore de la récréation. C’est que les harceleuses ne souhaitaient pas se faire attraper, évidemment, elles étaient le plus discrètes possible, pas de boulette, pas de quolibet haut porté, pas d’éclat de rire goguenard, Mélissa, dans la vraie vie le harcèlement prend la plupart du temps des formes bien plus complexes et pernicieuses.

Puisque tout se passait non seulement dans mon dos, mais dans celui de tous, enfants compris, je n’avais qu’une manière de m’apercevoir du harcèlement : un changement d’attitude quelconque chez mon élève, or il n’y en avait pas eu, car il n’y en a pas toujours de décelable, il y a mille façons d’être harcelé et mille encore d’y réagir et mon élève gardait tout en elle jusqu’au jour où elle était allée parler à sa mère, laquelle n’avait rien vu venir, elle non plus.

Tout le monde fait comme si le harcèlement scolaire n’était que l’affaire des enseignants (comme si l’enfant harcelé laissait son mal-être à l’école…), mais j’espère que si mon enfant va mal un jour, je le verrai avant ses professeurs.

La vidéo présentée à mes élèves

Cependant j’ai parfaitement compris que la vidéo ne s’adressait pas à moi, mais aux enfants de 7 à 11 ans. Aussi me suis-je dit que, si mes élèves étaient sensibles à son message, s’ils étaient touchés et si cela libérait leur parole sur le sujet, alors j’étais prêt à mettre de côté mes états d’âmes et mes réserves d’enseignant (même si je revendique le droit de donner mon avis sur la vidéo, puisque j’y suis représenté).

J’ai donc montré le clip à mes élèves, sans un mot de présentation. Puis je leur ai donné la parole, en leur disant simplement : « Je vous écoute ». Je n’ai quasiment pas parlé ensuite, me contentant de réguler les prises de parole durant la demi-heure qui a suivi, au cours de laquelle ils ont montré une magnifique écoute collective.

« Ca montre qu’il faut aider, qu’il faut en parler, soutenir ceux qui se font harceler.

– Il faut pas faire ce qu’on voudrait pas qu’on nous fasse.

– Moi je me suis mise à la place du garçon, c’est horrible !

– Il faut pas se moquer de celui qui a des difficultés, chacun est comme il est, il faut pas se moquer des différents, on est tous différents, en fait.

– On se rend compte aussi qu’on a fait ça, des fois, et si on se met à sa place, on se dit qu’il ne faut plus le faire.

– Ce qui m’échappe c’est le manque de réaction du petit. Peut-être qu’il a peur d’encourager les autres, il se dit que s’il dit rien ils vont arrêter.

– Il ne veut pas le dire parce qu’il a peur, les autres vont peut-être recommencer mais en pire et il a peut-être peur de ne pas être cru, de se faire traiter de rapporteur, de cafteur.

– Il est tellement traumatisé qu’il est immobile dans sa tête.

– Peut-être que la petite fille qui vient à la fin a déjà vécu la même chose.

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– Ce qui est nul c’est faire ça pendant que la maitresse a le dos tourné ! C’est pire de faire dans le dos.

– Genre tu vas le faire devant la maitresse !

– Ceux qui font ça sont égoïstes, ils se sentent supérieurs pour se permettre de faire ça, ils se croient tout permis. En fait ils sont nuls et idiots.

– Ils n’ont jamais vécu ça pour se comporter comme ça.

– Peut-être au contraire qu’ils ont des problèmes aussi. Peut-être qu’ils ont déjà été harcelés, qu’ils ont pas supporté donc ils rendent le coup.

– Il y a plusieurs élèves qui ont l’air désolé mais qui ne disent rien, ils ont peur d’intervenir.

– Ceux qui ne font rien ne savent pas que c’est comme si c’était eux qui harcelaient, ils sont du côté de ceux qui harcèlent puisqu’ils ne font rien pour changer.

– Maitre, qu’est-ce qu’on risque si on ne dit rien ?

– C’est un comme au Moyen-âge, le petit garçon c’est le Tiers-Etat, les autres c’est le clergé et la noblesse !

– Oui, il est sur le Pilori !

– On dirait que la maitresse se fiche un peu de ce que ressent le garçon. Elle voit les boulettes et ne dit rien !

– On voit que c’est exagéré, cette vidéo, avec la boulette, la règle collées sur la joue ! Avec le bruit qu’ils font la maitresse doit savoir.

– Oui, c’est abusé, la maitresse, elle doit les entendre, ils font plein de bruit. Peut-être qu’elle est trop dans son monde, trop dans les maths.

– Elle est égoïste et sans pitié, elle entend forcément ! Vous, vous auriez entendu, maitre !

– Ca se voit que ça s’est pas passé en vrai, elle ne voit pas la règle, elle est aveugle et sourde !

– Peut-être qu’elle n’aime pas trop ce petit garçon.

– Peut-être qu’elle-même a été harcelée ou harceleuse.

– C’est sûr, c’est vraiment exagéré, mais si elle entend les enfants et leur dit « arrêtez », alors la vidéo ne peut pas montrer le harcèlement ! C’est comme si ceux qui ont fait la vidéo avaient fait exprès qu’elle entende pas pour que le harcèlement soit possible ».

 

Nota : on recommande vivement le visionnage d’autres vidéos sur le sujet, nettement mieux fichues, celle la campagne de 2012, sur la même trame que celle de Theuriau (mais au collège, dans une situation réaliste et où l’enseignant n’est pas caricatural) et aussi celles-là, faites par des élèves : l’une destinée aux élèves de l’élémentaire, celle-ci, destinée aux collégiens, et cette dernière, réalisée par les élèves du lycée Apollinaire de Créteil. Trois bijoux.

On conseille aussi la lecture de ce point de vue syndical qui montre que la nuance existe aussi de ce côté-là.

Enfin, aux journalistes donneurs de leçon (ils ne le sont pas tous !) qui accusent les profs de « kidnapper le débat » mais seraient les premiers à s’indigner d’une caricature de leur métier, je conseille la lecture de ce post, déjà ancien, qui leur montrera qu’on se penchait sur le sujet à une époque où il avait bien moins de place dans leurs colonnes et qui s’appuie sur une étude qu’ils ne liront jamais.

Suivez l’instit’humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.

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Ci-dessus, lien vers le billet Harcèlement : J’ai testé la vidéo polémique, blog Instit’humeurs, Lucien MARBOEUF, 7 novembre 2015 :

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/11/07/harcelement-jai-teste-la-video-polemique.html

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Les propos de Florence ROBINE sont consultables ici : http://www.fichier-pdf.fr/2015/10/28/le-snalc-de-la-reunion-rencontre-mme-robine-en-presence-du-recteur-terret/

Pour d’autres grands éclats de rire, voir également ici quelques grandes prestations de l’humoriste involontaire :

https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/10/09/fr-1-florence-robine-a-tellement-de-respect-pour-les-enseignants/

https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/10/09/fr-2-florence-robine-vue-par-ses-esclaves/

 

M., J., et P.

 

 

 

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Dans nos précédents billets, nous évoquions comment la lutte contre le harcèlement à l’école permet de masquer le Harcèlement Moral Hiérarchique vécu par les adultes au sein de l’institution scolaire. C’est un écran de fumée très efficace. Voir ici :

https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/10/31/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-3-la-video-du-ministere-qui-casse-du-prof/

https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/10/29/quand-un-harcelement-en-cache-un-autre-2-une-video-qui-fait-polemique/

https://omertaaurectorat.wordpress.com/2015/03/18/quand-un-harceelement-en-cache-un-autre/

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Après avoir visionné la vidéo réalisée par Melissa THEURIAU, on peut faire les constats qui suivent.

  • «  Au travers de cette vidéo l’Éducation Nationale insulte une fois de plus ses agents en les faisant passer pour des incapables #BigUp. »
  • «  Cette nouvelle vidéo contre le harcèlement ne montre pas le côté insidieux du harcèlement, la répétition lancinante, ces petites choses invisibles au premier abord qui blessent continuellement l’élève. Le harcèlement le plus compliqué à détecter n’est pas celui de la vidéo, ce harcèlement bruyant, visible que les équipes éducatives repèrent super vite. Il existe aussi un harcèlement plus subtil, sourd et vicieux. »
  • «  Outre le fait de dénoncer le harcèlement et encourager la parole, il y a surtout un travail en amont à effectuer. Combattre les harceleurs est important mais il faut surtout empêcher les enfants de devenir des harceleurs. Et ce travail-là commence dès la maternelle (ce travail-là devrait être aussi effectué dans les familles dès le plus jeune âge des mômes mais malheureusement la parentalité reste un bordel de ouf et tous les parents ne sont pas des éducateurs attentifs à ce que leur bambin découvre le plus tôt possible l’empathie, la compassion, la solidarité et l’intégrité physique et morale d’autrui), il faut apprendre aux enfants (ET AUX ADULTES) à communiquer, à gérer le conflit. Il faut donner aux enfants les capacités de s’exprimer avec un vocabulaire précis, de s’exprimer de manière à se faire comprendre, il faut donner aux enfants les capacités d’écouter sans juger, d’écouter pour entendre la souffrance. »
  • « Il faut des vidéos montrant plus précisément les différents point de vue afin d’en discuter en classe avec les élèves. »

Tout cela nous l’avons écrit en italique et entre guillemets car, vous l’aurez compris, ça n’est pas de nous.

C’est qui qui c’est qui qui c’est qui qui l’a dit ?

C’est une enseignante qui est « écœurée de l’image que nous renvoyons dans cette vidéo. L’enseignante qui n’entend pas le bordel bien audible derrière elle. L’enseignante qui voit bien qu’un gamin ne va pas bien mais qui se goure totalement à son sujet. L’enseignante qui fait cours coûte que coûte au mépris du bien-être de ses élèves. » 

Et cette effrontée de conclure : « Ouais… et ben dans la vraie vie, ça ne sont pas les profs qui sont à côté de la plaque. C’est TOI Mélissa, c’est TOI Najat, c’est VOUS les décisionnaires du Ministère de l’Éducation Nationale. Quoi de neuf hein… » .

Cette enseignante, c’est Princesse Soso. Yo ! yo ! On la kiffe grave, elle est jeune, elle est belle, elle sent bon, elle est intelligente, elle est drôle, elle est très drôle, elle est encore plus drôle, elle parle trop bien le d’jeun’s et sans langue de bois si tu vois c’que j’veux dire, nan mais allez, quoi. Princesse Soso ? Bravo !

Jeanne, Marie, et Philippe.

 

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Ci-dessous, billet de Princesse Soso, Mais pourquoi ça tombe toujours autant à côté de la plaque ? # Harcèlement scolaire, 31 octobre 2015, blog Princesse Soso the Biatchnounours.

Mais pourquoi ça tombe toujours autant à côté de la plaque ? #HarcèlementScolaire

http://princesse.soso.free.fr/?p=519

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Mais pourquoi ça tombe toujours autant à côté de la plaque ? #HarcèlementScolaire

  • 31 octobre 2015 17 h 24 min

« Je vous écris un article long car je n’ai pas le temps d’en faire un court » #ÀPeuPrèsBlaisePascal

Quand j’étais au collège au début des années 90, les profs étaient là pour enseigner, pour nous faire cours, corriger nos évals, pour nous expliquer des trucs, pour nous faire découvrir des notions, des auteurs. Je n’ai jamais eu le sentiment que mon bien-être, que mon épanouissement personnel était l’un de leurs enjeux. Les profs ne me connaissaient pas. Ils ne savaient pas quel film j’adorais, quel chanteur j’adulais, mon fruit préféré… nous n’avions pas le temps, ni l’envie de construire une relation dépassant le « ouvrez vos livres à la page 46″. Parmi les profs que j’ai eus, il y a eu ceux que j’admirais (ils étaient peu pour être honnête) (COUCOU Monsieur Mouquet ♥), ceux que je trouvais transparents et sans saveur, ceux qui me faisaient super peur, ceux que je méprisais (genre ma prof de techno de 5ème incapable d’écrire trois lignes sans faire une faute d’orthographe hallucinante) (la fameuse prof qui nous filait comme devoir « terminer le travail au fer à souder ») (la gueule de ma mère quand je lui ai dit qu’il fallait qu’elle achète un fer à souder). Ça ne me serait JAMAIS venu à l’idée de demander à une prof où elle avait acheté son sac à main, la marque de son vernis à ongles ou comment s’appelaient ses enfants. JAMAIS, je n’aurais osé dire à une prof que le smoky eye lui allait vachement mieux que le nude look. JAMAIS je n’aurais osé faire une remarque (positive ou négative) à un prof s’étant coupé les cheveux très courts. Il y avait un fossé énorme entre eux et moi et même si j’avais envie de plus de connivence avec certains, JAMAIS je n’ai osé leur parler de leur vie personnelle ou de la mienne.

En 2015, mes élèves me demandent ouvertement mon âge (la majorité pense que j’ai entre 24 et 29 ans, bénis soient ces petits êtres innocents), ils me demandent de leur montrer des photos de ma fille. Deux élèves agréables et bosseuses m’ont très sérieusement dit que je devrais mettre plus souvent mon rouge à lèvres rouge avant de noter les références de mon « Lime Crime » dans leur agenda. Je sais que les séries préférées de Calixte sont « Vampire Diaries » et « Teen Wolf », que Brandon aime bien Squeezie mais pas Cyprien, ou que Mélissa est une Enjoyer et certainement pas une Horianeuse (si vous ne comprenez pas la dernière référence, c’est plutôt bon signe quant à vos occupations intellectuelles).

La relation prof/élève a énormément évolué et a du mal à trouver un équilibre. L’évolution de la société a permis aux enfants de davantage s’exprimer… mais pas forcément de mieux communiquer. On est passé du prof inaccessible au prof humain avec lequel on a du mal parfois à ne pas franchir certaines limites d’intimité. C’est délicat de dire à un élève sympa que ouais il est sympa mais que nan on ne va pas discuter comme des potes et se raconter nos secrets (enfin du moins pas les miens).
Cette proximité a aussi ses avantages, ça me permet de me livrer à de petits chantages hyper jouissifs avec les 3èmes « vous avez intérêt à bosser dans le calme sinon je vous spoile le dernier épisode de The Walking Dead ».

Tout ça pour dire que selon moi le prof de 2015 est davantage à l’écoute des élèves et que du coup, il est beaucoup plus enclin à repérer mal-être et détresse. Et là BAM, j’enchaîne tranquillou sur la nouvelle campagne contre le harcèlement scolaire commandée par le MEN et réalisée par Mélissa Theuriau qui va être diffusée sur les chaînes de France Télévisions, avant certains films au ciné et qui peut servir de support aux enseignants pour sensibiliser les élèves à ce fléau.

Autant j’avais trouvé plutôt bien foutue la campagne de harcèlement d’il y a quelques années (clique ici, ici ou ici pour revoir ces vidéos que j’avais utilisées en vie de classe), autant la dernière vidéo du ministère de l’ÉducaFion NaFIONale oscille entre le caricatural et la diffamation. Je ne tire pas mon chapeau à Mélissa Theuriau qui en plus d’être grave une bombasse est sans aucun doute une nana intelligente et cultivée… mais là… plantage total à mon sens.

Campagne Non au harcèlement (en fait je voulais intégrer la vidéo à l’article mais pour des raisons aussi obscures que la carrière politique de Nadine Morano, je n’y arrive pas) (mais si vous cliquez dessus, vous arrivez directement sur la vidéo) (mais c’est moins joli visuellement je vous l’accorde) (allez, bisous)

Pourquoi cette vidéo est absolument non-pertinente selon moi ?

* Parce que la scène sonne too much et tombe dans la caricature. Le gamin roux qui se prend des réflexions et des boulettes. (Le roux est tendance en plus. Genre ça vous viendrait à l’esprit d’aller teaser Abraham de TWD ?) Le harcèlement est beaucoup plus sournois et protéiforme. Alors bien sûr la différence peut être source de brimades mais le harcèlement concerne aussi des élèves qui n’ont absolument rien de différent au premier abord.

* Parce qu’elle manque cruellement de réalisme. Quand on se targue de connaître l’école et ses ressorts, on n’omet pas certains détails qui décrédibilisent totalement l’intention première. La calligraphie quasi illisible de la maîtresse. Ce début de cours complètement ubuesque qui ne correspond pas du tout au déroulé d’un cours lambda. Sans déconner, quel enseignant donne une vague consigne et écrit au tableau SANS avoir au préalable 12 000 questions d’élèves (avec plus ou moins le doigt levé) relatives ou non au contenu de l’activité « Madame, faut faire quoi ? » / « Maîtresse, il pleut ! » / « Madame, j’ai pas mon cahier » / « Maîtresse, on écrit à la suite ? » / « Maîtresse, je peux écrire en rose pailleté ? ». Alors certes, le but est d’aller à l’essentiel et d’aborder le harcèlement mais pour que ça soit efficace, il faut tout de même qu’il y ait un processus d’identification, un certain réalisme pour que ce film d’une minute soit une claque qui réveille les consciences plutôt qu’un pastiche d’école avec des clichés surannés ou des inexactitudes. Et m’est avis que ça n’est pas « crétin » l’insulte murmurée à l’oreille des victimes… Cette vidéo manque de « sale bâtard » / « fils de pute »… On ne va pas se la jouer « Le Petit Nicolas » de Sempé et Goscinny, il faut inscrire le harcèlement dans la réalité de son époque. En CM1, beaucoup de gamins maîtrisent parfaitement un jargon fleuri à base de « va te faire enculer »

Oui… une maîtresse d’école écrit comme ça… bien sûr…

* Parce que l’enseignant passe (comme d’hab) pour le Gilbert Montagné de la bande. L’enseignant incapable de voir un élève en souffrance. L’enseignant ne voit rien, ne comprend rien ou pire, fait l’autruche. Alors que PUTAIN, en 2015, une écrasante majorité de profs est hyper hyper vigilante au bien-être des élèves. Prévention et discussion sont les deux mamelles de la vie de classe. Les CPE et A.E investis (assistants d’éducation) (aka les surveillants) (les pions quoi) ouvrent grave l’oeil dans la cour, dans les toilettes, dans la cantine, à la sortie du bahut pour repérer des élèves susceptibles d’êtres victimes de harcèlement. Au travers de cette vidéo l’Éducation Nationale insulte une fois de plus ses agents en les faisant passer pour des incapables #BigUp

* Parce que le harcèlement scolaire de 2015 passe énormément par les sms et les réseaux sociaux. Créer un groupe Facebook pour se foutre de la gueule de Djézonne le p’tit gros. Envoyer 48 sms « T kune saloppe » à Marie-Nabilla parce qu’on l’aime pas et en plus il paraît qu’elle a couché avec le prof de techno. Publier une photo de Jean-Moundir sur Facebook, une photo où il est à poil dans les vestiaires de la piscine. Et toutes ces cyber-attaques peuvent très bien avoir lieu dans la cour de récréation, dans le couloir du deuxième étage, en salle de perm’, en cours, à la cantine, dans le bus… Je trouve dommage que cet aspect de plus en plus inquiétant et banalisé n’apparaisse pas dans la vidéo.

Alors oui, on peut aussi voir dans cette vidéo une allégorie du harcèlement, cette scène symbolisant non pas une réelle scène de classe mais les circonstances et conséquences du harcèlement : des adultes aveugles, des élèves empathiques mais passifs, des harceleurs qui ne se rendent pas compte de la portée de leurs brimades, une victime qui perd toute estime de soi et s’enfonce dans la détresse et la résignation. Mais ça reste maladroit. Quand on parle du harcèlement, il faut être plus cash, montrer des situations réalistes, réelles dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. Ce que je kiffais particulièrement dans les vidéos dont j’ai mis le lien au début de l’article, c’est la petite phrase en fin de vidéo, sur fond noir résumant bien l’absence totale d’empathie des harceleurs, absolument pas conscients des conséquences de leurs actes, minimisant leurs faits et gestes et se vautrant dans le déni et la mauvaise foi : « c’est bon, c’est pas méchant, c’était juste pour rigoler » / « ça va c’est pas comme si on l’avait violée non plus ». Cette nouvelle vidéo contre le harcèlement ne montre pas le côté insidieux du harcèlement, la répétition lancinante, ces petites choses invisibles au premier abord qui blessent continuellement l’élève. Le harcèlement le plus compliqué à détecter n’est pas celui de la vidéo, ce harcèlement bruyant, visible que les équipes éducatives repèrent super vite. Il existe aussi un harcèlement plus subtil, sourd et vicieux.

* Parce qu’outre le fait de dénoncer le harcèlement et encourager la parole, il y a surtout un travail en amont à effectuer. Combattre les harceleurs est important mais il faut surtout empêcher les enfants de devenir des harceleurs. Et ce travail-là commence dès la maternelle (ce travail-là devrait être aussi effectué dans les familles dès le plus jeune âge des mômes mais malheureusement la parentalité reste un bordel de ouf et tous les parents ne sont pas des éducateurs attentifs à ce que leur bambin découvre le plus tôt possible l’empathie, la compassion, la solidarité et l’intégrité physique et morale d’autrui), il faut apprendre aux enfants (ET AUX ADULTES) à communiquer, à gérer le conflit. Il faut donner aux enfants les capacités de s’exprimer avec un vocabulaire précis, de s’exprimer de manière à se faire comprendre, il faut donner aux enfants les capacités d’écouter sans juger, d’écouter pour entendre la souffrance. Mais ça signifie que les personnes encadrant ces enfants (parents ou professionnels de l’enfance et de l’éducation) doivent eux-mêmes être des champions de la communication. Et il faut aussi penser à « l’après »… quand on a repéré, protégé, écouté, soigné la victime… on en fait quoi du harceleur ? On lui file 8 jours d’exclusion ? On monte un conseil de discipline pour le virer définitivement ? aka on se débarrasse du problème, on le refile à d’autres et on n’essaye pas de le résoudre à la racine parce qu’on manque de dispositifs à cet égard. On manque de vrais psy scolaires (parce que COUCOU les économies au détriment du bien être scolaire en fusionnant les conseillers d’orientation et les psy scolaires qui sont sur 5 bahuts dans la semaine) (update : ma copine Ninoche me dit que dans son département, il n’y a que 4 psy pour 160 000 élèves YOUYOU), on manque de temps et de moyens pour prendre en charge ces harceleurs, pour les écouter, les guider, les soigner également. La menace de la sanction, les sanctions, les renvois l’empêcheront peut-être de recommencer. Je dis bien peut-être. Mais il manque un réel travail éducatif sur ce genre d’élèves, travail qui doit être mené par les parents et l’école.

* Parce qu’il faut des vidéos montrant plus précisément les différents point de vue afin d’en discuter en classe avec les élèves. Les harceleurs qui ne se rendent pas compte de la gravité de leurs paroles, les harceleurs s’en rendant compte mais piégés dans une spirale de rapport de force liée sans aucun doute à leur vécu familial, les spectateurs passifs qui ont peur de dénoncer les harceleurs par peur de représailles, par indifférence ou pour ne pas passer pour des balances (Il est super important en vie de classe d’aborder avec les élèves la différence entre « signaler » et « rapporter » car la frontière est mince pour eux et les confusions sont énormes), les spectateurs qui deviennent actifs, galvanisés par « l’effet meute », par l’envie de s’intégrer, les victimes terrifiées, résignées et silencieuses, les victimes qui, même si victimes, portent leur part de responsabilité dans leur relation conflictuelle avec l’autre, les profs qui voient, ceux qui ne voient pas, ceux qui ne veulent pas voir (ces derniers existent probablement encore mais sont pour moi une minorité qui tend à disparaître)

En tant qu’enseignante, je reste quand même écœurée de l’image que nous renvoyons dans cette vidéo. L’enseignante qui n’entend pas le bordel bien audible derrière elle. L’enseignante qui voit bien qu’un gamin ne va pas bien mais qui se goure totalement à son sujet. L’enseignante qui fait cours coûte que coûte au mépris du bien-être de ses élèves. Ouais… et ben dans la vraie vie, ça ne sont pas les profs qui sont à côté de la plaque. C’est TOI Mélissa, c’est TOI Najat, c’est VOUS les décisionnaires du Ministère de l’Éducation Nationale. Quoi de neuf hein…

1 Commentaire

  1. Béatricedit :

    Le discours ambiant qu’on entend de la part de spécialistes, style pedopsy et tout ça, c’est que le prof, l’école (mais pas les autres élèves) sont responsables de tous les soucis psy des gamins qui consultent. C’est le méchant prof, les sales notes, les remarques blessantes, humiliantes… alors, le clip va dans ce sens : la prof à moitié hystérique qui ne comprend rien à ce qui se passe en cours et qui, en prime, se trompe de victime.
    Pour avoir été victime de harcèlement durant plusieurs années (à une époque où internet n’existait pas, heureusement), je sais que ce qui m’a détruite ce sont les coups tordus des élèves, en douce, à la récré, les remarques sournoises mais discrètes lorsque j’osais approcher un élève populaire, les sourires en coin lorsque je prenais la parole, les chuchotements lorsque j’allais au tableau… Bref, ce n’était pas « flagrant » pour quiconque ne le vivait pas. Je n’en ai jamais voulu aux profs de ne rien avoir remarqué. Ils faisaient leur job, plus ou moins bien. Ils ne voyaient rien parce que personne ne montrait grand chose en cours.
    Je n’ai pas non plus été traumatisée par les remarques parfois désobligeantes ou blessantes des profs lorsque je faisais mal mon boulot ou je ne sais quoi. Et si je m’en souviens encore aujourd’hui, c’est avec un certain humour que j’en parle. Le harcèlement que j’ai subi des autres élèves, j’ai du mal à en parler et je pense que je ne le digérerai jamais. Si j’allais voir un psy, si j’avais été en voir un à l’époque, je n’aurais pas évoqué les remarques des profs. J’aurais uniquement parlé de l’entreprise de démolition que les autres ados avaient lancée contre moi. Comme tu le dis, à l’époque, sans doute, était-on moins vigilant en tant qu’adulte, y compris les parents d’ailleurs. Aujourd’hui, le harcèlement est sans doute plus violent, plus dévastateur encore et il faudrait donc une campagne à la hauteur et pas un truc qui, une fois de plus, essaie de renverser les rôles en culpabilisant le prof (voire en le ridiculisant tout à fait). Mais, pouvait-on espérer autre chose dans l’état actuel des choses ?

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    Ci-dessus, billet de Princesse Soso, Mais pourquoi ça tombe toujours autant à côté de la plaque ? # Harcèlement scolaire, 31 octobre 2015, blog Princesse Soso the Biatchnounours.

    Mais pourquoi ça tombe toujours autant à côté de la plaque ? #HarcèlementScolaire

    http://princesse.soso.free.fr/?p=519

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